Introduction L'infection au cytomégalovirus (CMV) est associée à une morbidité après transplantation rénale. La molécule PD-1 joue un rôle important dans la réponse anti-virale grâce à son activité inhibitrice de la synthèse d'IFNγ. Une substitution G en A dans le gène de PD-1, appelée PD-1.3, a récemment été caractérisée et a été rapportée comme ayant un impact fonctionnel et clinique. Cependant, l'impact de ce polymorphisme sur les événements post-greffe n'a pas encore été rapporté. Nous avons analysé dans cette étude rétrospective l'impact de PD-1.3 sur le risque d'infection à CMV chez des transplantés rénaux.
Patients et Méthodes Le génotype de PD-1.3 a été déterminé par PCR et digestion enzymatique (RFLP) chez 469 patients greffés entre 1995 et 2005 au CHRU de Tours. Nous avons ensuite recherché un lien entre PD-1.3 et l'infection à CMV par régression logistique ainsi que par une étude multivariée (régression de Cox). Afin de tester l'impact de PD-1.3 sur la réactivation du CMV, une étude parallèle a également été menée sur une sous-population restreinte aux 222 patients séropositifs en pré-greffe (R+) et n'ayant pas reçu de prophylaxie anti-CMV.
Résultats Deux groupes de patients ont été formés selon la presence ou l'absence de l'allèle A (24% et 76% des patients respectivement). Nous avons observé que l'infection à CMV était significativement plus fréquente chez les porteurs de l'allèle A, particulièrement pour la sous-population des R+ sans prophylaxie contre le CMV (74% contre 52%, OR = 2,60, p = 0,006). De plus l'étude multivariée, après ajustement sur l'utilisation de mycophénolate mofetil, d'antithymoglobuline, et sur le polymorphisme IL12B 3'UTR (autre facteur de risque génétique d'infection à CMV récemment décrit), a montré que l'allèle A était un facteur de risque indépendant de réactivation du CMV (OR = 2,54, p = 0,010). Enfin, nous avons observé que l'absence de l'allèle A de PD-1.3 et de l'allèle C du polymorphisme IL12B 3'UTR conférait une forte protection contre l'infection à CMV par rapport aux patients possédant l'allèle A de PD-1.3 (43% contre 74%, OR = 0,27, p <0,001).
DiscussionL'analyse combinée des polymorphismes PD-1.3 et IL12B 3'UTR permet de stratifier le risque de réactivation du CMV chez les greffés rénaux selon le génotype : un groupe à haut risque représentant 24% des patients, un groupe intermédiaire, et un groupe à faible risque représentant 43% des patients.
Conclusion Cette étude met en évidence un nouveau facteur de risque génétique indépendant de réactivation du CMV après transplantation rénale. Ce résultat pourrait être utile pour guider les stratégies de prévention, ce qui pourrait être évalué dans une étude clinique prospective.