IntroductionDes anomalies acquises du complément par le biais d'un anticorps anti C3 convertase alterne (C3NeF) sont associées aux glomérulonéphrites membranoprolifératives de type II (GNMP II) et plus rarement aux GNMP I ou aux glomérulonéphrites à dépôts isolés de C3 (GN C3). L'objectif de ce travail est d'étudier l'influence des protéines de la voie alterne du complément dans ces GN qui ont toutes des dépôts de C3 avec ou sans immunoglobulines.
Patients et MéthodesUne étude biologique, une recherche de C3NeF et de mutations dans les gènes des facteurs H, I (CFI) et MCP ainsi qu'un recueil des données cliniques ont été réalisés chez 107 patients ayant un diagnostic histologique de GNMP I (N = 36), GNMP II (N = 25) ou de GN C3 (N = 46).
RésultatsUn C3NeF a été mis en évidence chez 48,6% des patients, fluctuant dans le temps chez 34% d'entre eux. 80% des patients avec GNMP II ont un C3NeF, ce qui est significativement plus que dans les autres formes (43%). Au moment des investigations, 41% des patients ont un C3 bas. La présence d'un C3 NeF est associée à une évolution moins fréquente vers la dialyse (p = 0.0003). De plus, la détection d'un C3NeF est corrélée avec un meilleur débit de filtration glomérulaire au dernier suivi (32±31 vs 63±39 ml/min, p< 0.0001). Des mutations du CFH ont été identifiées chez 19 patients, du CFI chez 11, de C3 chez 2 et de MCP seulement chez 1 seul. Une mutation homozygote de CFH a été identifiée chez 4 patients, avec un FH plasmatique normal dans un cas. Une mutation hétérozygote a été détectée chez 8 patients avec GNMP 1 (17%), 7 avec GNMP II (21%) et 14 avec GN C3 (14%). La découverte d'une mutation n'est pas plus fréquente chez les enfants. Quand la maladie débute avant 16 ans, un C3NeF est plus souvent détecté (p = 0,008) et l'évolution vers la dialyse est plus lente (14 vs 7 ans, p = 0,01). Le type histologique, la prolifération cellulaire ou l'abondance de la protéinurie ne sont pas corrélés à l'évolution de la fonction rénale. Les GNMP II à début précoce ont un meilleur pronostic rénal qu'en cas de début à l'âge adulte (p = 0,0006). A l'âge adulte, les GNMP II ont une évolution plus rapide vers la dialyse que les autres types histologiques.
DiscussionAu total, en cas de début précoce, la survie rénale est meilleure en cas d'anomalie acquise (C3NeF) ou héréditaire (mutation) de la voie alterne (p = 0,006) qu'en l'absence d'anomalie.
ConclusionDes anomalies héréditaires ou acquises de la voie alterne du complément sont retrouvées dans 60% des GNMP I, GNMP II et GN C3, toutes caractérisées par la présence de dépôts de C3. Elles pourraient en moduler l'évolution clinique, en particulier chez l'enfant.